Fiche Action - Archive 2006-2007

(2006-2007) Documenter les processus d'intégration régionale
- Résumé
L'intégration régionale est une étape essentielle pour permettre aux pays de s'intégrer sans se dissoudre dans la mondialisation et la condition d'une gouvernance mondiale démocratique. A ce jour l'Union Européenne est le seul exemple d'intégration régional poussée mais les circonstances particulières de sa naissance ne peuvent en faire un modèle universel. D'où la volonté de la fondation de mobiliser un réseau d'universités capable de documenter les processus en cours et d'identifier les conditions de leur réussite.
- Synthèse
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Synthèse de l'action
Il ne suffit pas de dénoncer les processus actuels d'intégration régionale en les accusant d'être réduits à des processus de libéralisation de marché. Il faut aider à l'invention d'alternatives socialement et politiquement crédibles et faire circuler les idées d'une région à l'autre du monde pour contribuer à une prise de conscience de cette nécessité. En s'appuyant sur les expériences de coopération d'universitaires menées par l'IRG et par l'Ecole de la Paix (ce dernier sur l'état en transition), en reprenant aussi les méthodes de l'Union européenne d'appel d'offres dont un des termes de recevabilité est la participation de partenaires de plusieurs pays européens, la fondation se propose d'organiser un appel d'offres international pour trouver dans chaque région du monde deux ou quelques universités susceptibles d'analyser les processus d'intégration en cours mais aussi et surtout de faire preuve d'imagination pour voir autour de quels défis communs à la région un processus d'intégration politique pourrait commencer à naître. On fait l'hypothèse que la circulation de ces idées, en lien avec une démarche de dialoguer de région à région décrite et financée par ailleurs, permettrait de contribuer à la conscience d'une intégration régionale humaine, écologique et politique indispensable dans les prochaines décennies.
Inscription de l'action dans la stratégie d'ensemble de la FPH
L'enjeu est de tenter de combler le vide entre l'importance d'une dynamique d'intégration régionale seule capable de construire un ordre international fondé sur la relation en une vingtaine de régions et la pauvreté relative actuelle des processus d'intégration ou leurs dominations par de simples processus d'intégration économique. Cette initiative, dont il est difficile de préjuger l'écho, comble un vide dans le dispositif de la fondation qui vise à aborder les différentes échelles de gouvernance, du local au mondial.
Historique de l'action
Au fil des années, la fondation s'est trouvée engagée de façon croissante dans la construction de l'Union européenne malgré ses limites, lui est apparue comme une réponse historique de grande portée à un défi mondial.
En outre, à travers ses différentes actions, elle a oeuvré à la constitution ou au renforcement de réseaux internationaux d'acteurs et, pour cela, l'échelon régional s'est avéré souvent pertinent. Ce faisant, elle a contribué, même modestement, à combler le déficit humain et démocratique des processus d'intégration régionale actuellement en cours en Asie (Asean), en Amérique (Alena, Conosur), en Afrique (les différentes institutions sous régionales et maintenant l'Union africaine) : ce sont des processus très institutionnalisés conçus de haut en bas et comme des modalités nouvelles de négociation entre Etats plutôt que comme la constitution progressive d'une communauté humaine.
Le soutien en Amérique latine à la démarche ESPIRAL, qui vise à former des écrivains publics au Chili, Mexique et Colombie pour documenter les questions d'intérêt régional dans l'Amérique andine, constitue un effort nouveau et récent de comprendre autour de quels défis les peuples d'une même région se reconnaîtraient un destin commun.
Enfin, c'est bien entendu le forum Chine-Europe de Nansha à l'automne 2005 qui a montré que la fondation pouvait, malgré ou à cause de sa petite taille institutionnelle et financière, jouer un rôle positif dans le dialogue de région à région, évoqué dans d'autres autorisations de programmes.
En 2004-2005, le lancement de l'IRG et la qualité du travail animé par l'Ecole de la Paix sur les Etats en transition montre le rôle que peut jouer dans un certain cas la fondation pour aider au décloisonnement universitaire. C'est en outre le développement de l'IRG, complété par l'activité d'ORUS (Observatoire international sur la Réforme de l'Université), qui permet à la fondation de se constituer un réseau international de contacts universitaires qui lui manquait jusqu'à présent.
- Présentation
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Il n'y aura pas de gouvernance mondiale un tant soit peu légitime, démocratique et efficace si elle ne repose sur le dialogue entre une vingtaine de régions du monde ayant des poids démographiques et économiques sinon comparables du moins du même ordre de grandeur. Mais comment et à quelle condition ces régions peuvent-elles émerger un jour, dans quelques décennies, comme des acteurs s'exprimant sur la scène mondiale au nom des États qu'ils regroupent ? Comment ces régions pourraient-elles jouer un rôle politique alors que l'Union européenne, pourtant le modèle du genre, peine à sortir du manisme politique après 50 ans d'existence ?
Les projets de dialogue voire d'intégration régionale sont aujourd'hui extrêmement nombreux et divers. Le livre l'Etat du Monde édité par La Découverte en dénombre une cinquantaine allant de la coopération économique de la Mer noire à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, du Conseil de l'Europe à l'association du Sud-Est asiatique. La plupart sont de simples espaces de dialogue, parfois sur des sujets généraux parfois sur des thèmes particuliers. Il est bien difficile de se faire une opinion sur la consistance réelle de ces espaces tant au plan humain qu'au plan politique.
Depuis quelques années, l'évolution la plus visible concerne la constitution d'espace régionaux à libre circulation des biens et des services. Les Etats-Unis, après avoir soutenu la construction européenne pendant la guerre la froide puis considéré que ces espaces régionaux étaient en contradiction avec les vertus de l'organisation d'un libre marché mondial, se sont lancés dans l'initiative des Amériques en même temps qu'ils contribuaient à soutenir les Etats membres de l'Union Européenne qui verraient bien celle ci réduite à un simple marché unifié.
C'est oublier que l'Europe elle-même ne s'est pas construite dans des buts économiques mais politiques : garantir une paix durable sur un continent ravagé par deux guerres mondiales. Si en Europe, l'intégration économique a pris le pas sur les autres aspects, c'est avant tout parce que l'échec en 1953-1954 de la Communauté européenne de défense semblait ruiner une fois de plus les espoirs des initiateurs de l'Europe et obligeait à trouver d'urgence une roue de rechange à l'intégration politique.
Les négociations internationales elles-mêmes, notamment dans le cadre de l'ONU et plus encore de l'OMC, donnent naissance à des coalitions d'intérêt de circonstance reflétant les états de développement des pays et des intérêts sectoriels plus qu'une volonté de construire un monde unifié.
Le mouvement altermondialiste et, plus largement, beaucoup d'organisations sociales contestent des processus d'intégration régionale qui contribuent à « transformer le monde en marchandises » mais ils n'ont pas été en mesure à ce jour de mettre en face un projet alternatif crédible. Pourtant, les questions d'intérêt régional ne manquent pas. Y en a-t-il d'assez puissantes pour jouer, dans d'autres régions du monde, le rôle séminal qu'a joué pour l'Union européenne la CECA (Communauté Européenne Charbon Acier) ? Les processus en cours dans une région du monde peuvent-ils éclairer et stimuler des processus comparables dans d'autres régions ? On peut le penser au vue de la fascination exercée un peu partout dans le monde par la construction européenne. Mais, pour y répondre, il faut commencer par constituer une base documentaire permettant d'une part, ce qui est peut-être assez facile, de créer une base de données unique décrivant l'état et l'évolution des institutions régionales actuelles, d'autres part, et c'est plus ambitieux d'identifier dans chaque région du monde les questions et les germes à partir desquelles pourrait se construire, au-delà d'un grand marché, une communauté humaine significative.
La démarche suivie par l'Ecole de la Paix avec notre soutien pour documenter les processus de reconstruction de l'Etat après leur effondrement laisse à penser que la fondation peut jouer un rôle utile. Il faut pour cela dépasser le dialogue avec nos interlocuteurs habituels, souvent organisations sociales et organisations non gouvernementales, pour nous appuyer sur des réseaux d'universités. L'IRG ouvre de ce point de vue la voie.
Il faut aussi tirer parti des méthodes bien rodées par la Commission européenne : pour faciliter la prise de conscience d'une identité européenne les appels d'offres qu'elle lance, quel que soit le sujet, imposent la constitution d'un consortium de partenaires appartenant à plusieurs pays européens.
L'action consistera donc à créer un site ressources dédié, ou une section du site de l'IRG, consacré au processus d'intégration régionale puis, dans chaque région du monde, et à partir de nos contacts de lancer un petit appel d'offres conditionnant un appui à la formation d'un consortium plurinational. Les travaux comporteront deux phases :
une première phase d'état des lieux conclu par un atelier de travail transrégional, pour dégager les caractéristiques, la portée et les limites des processus en cours actuellement et les critères permettant de dire ce qui est ou non selon nous porteur d'avenir ;
une deuxième phase visant à explorer, pour chaque région, les défis à partir desquels les populations de ces régions peuvent se sentir un destin commun ; pour examiner, pour chacun de ces défis, par quel processus moins strictement étatique se saisir de ces défis communs pour commencer à construire une communauté humaine à l'échelle régionale. On pense notamment que dans certains cas – le Mekong, le Grange, le Niger, le Danube, l'Amazonie - les grands bassins versants fluviaux transnationaux constituent une piste à explorer sérieusement ; elle le sera dans une autre autorisation de programme.




